OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 L’exil des réfugiés de Libye raconté par les données http://owni.fr/2011/04/11/exil-refugies-libye-data-donnes/ http://owni.fr/2011/04/11/exil-refugies-libye-data-donnes/#comments Mon, 11 Apr 2011 13:31:16 +0000 Pierre Alonso http://owni.fr/?p=55936 Il sont 448 000. Plus de 448 000 réfugiés, toutes nationalités confondues, ont fui la Libye depuis le début du conflit en févier, selon le Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies (UNHCR) et l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) [en].

Premiers pays d’exil: la Tunisie et l’Égypte, qui viennent de pousser leur despote respectif vers la sortie. La Tunisie accueille à elle seule près de la moitié du nombre total de réfugiés, et l’Égypte environ 40%. Le Niger, pays frontalier au Sud, vient loin derrière avec un nombre plus restreint, environ 29 000 personnes. Arrivent ensuite l’Algérie, plus de 10 000 réfugiés, et dans une moindre mesure, le Tchad et le Soudan.

Différences en volume et évolution

La carte ci-dessous, réalisée avec Google Public Data Explorer [en], permet de visualiser les évolutions dans le temps du nombre de réfugiés dans les pays limitrophes. Elle est particulièrement utile pour percevoir les différences en volume entre les deux principaux pays d’accueil et les quatre autres. Les données concernant le Soudan et le Tchad sont disponible à partir du 15 mars pour le premier et du 22 mars pour le second.

La visualisation permet de restituer la différence entre la Tunisie et l’Égypte et les autres pays, tout en mettant l’accent sur les variations dans le temps, plus visible sous cette représentation.

Ces chiffres ne prennent en compte que les réfugiés ayant franchi légalement les frontières. Il ne font pas état des milliers de réfugiés quotidiennement bloqués aux passages de frontière. Le 5 avril, entre 6 700 et 9 000 personnes, attendaient à Ras Ajdir de pouvoir passer en Tunisie, et environ 3 000 étaient à Salum, poste frontalier vers l’Égypte.

En Tunisie, une minorité des réfugiés sont de nationalité tunisienne selon l’OIM [en]. Ils ne représentent que 8,5 % des arrivées, contre environ 20 % de réfugiés libyens, les autres étant des ressortissants d’autres pays, notamment le Bangladesh et plusieurs pays d’Afrique subsaharienne dont le Mali et le Ghana. Les ressortissants égyptiens forment un peu plus de 42 % des réfugiés arrivés en Égypte, et les Libyens 27 %.

Ces données rendent compte de l’exode massif en cours depuis la Libye, qui a connu une révolte férocement réprimée, et qui semble se diriger de plus en plus vers la guerre civile, avec la zone d’exclusion aérienne puis les bombardements de l’OTAN en fond.

Derrière l’aridité des chiffres se trouvent évidemment des histoires et des visages, certains ayant été sélectionnés par Big Picture. OWNI vous recommande chaudement d’y faire un tour, pour prendre la pleine mesure de ce à quoi un exode peut ressembler.


Carte et graphique réalisés avec l’aide indispensable de Julien Goetz


Crédits Photo FlickR CC : magharebia

Retrouvez notre dossier sur les réfugiés de Libye :

Image de Une CC Marion Boucharlat pour OWNI

Guerre en Libye, peur des réfugiés en Europe

En finir avec le mythe des flots de migrants libyens

Making of sur le datablog d’OWNI

]]>
http://owni.fr/2011/04/11/exil-refugies-libye-data-donnes/feed/ 3
Pourquoi j’ai quitté Abidjan http://owni.fr/2011/03/31/pourquoi-jai-quitte-abidjan/ http://owni.fr/2011/03/31/pourquoi-jai-quitte-abidjan/#comments Thu, 31 Mar 2011 16:30:48 +0000 Nemo http://owni.fr/?p=54602 Je suis Nemo, twittos ivoirien. Je ne suis pas journaliste, juste un cadre dans le privé à Abidjan. Je tiens également un blog. Pour des raisons de sécurité, je préfère utiliser un pseudo. Je suis devenu par la force des choses l’une des personnes les plus actives et les plus suivies sur le fil d’actualité twitter de la Côte d’Ivoire (#civ2010).

Ce fil a été créé en octobre 2010 par des Ivoiriens pour couvrir l’élection présidentielle maintes fois reportée depuis 2005. La campagne pour l’élection a été couverte et le fil a aussi servi à diffuser l’ambiance dans les bureaux de vote par les twittos volontaires. Ensuite, nous y avons relayé les résultats que la Commission Électorale Indépendante publiait en direct sur la Radio Télévision Ivoirienne (RTI). Et toute l’actualité de la Côte d’Ivoire a fini par y passer.

Je twitte, on me menace

Dans le cadre de mon travail et pour mon information, je vais beaucoup sur le terrain et j’ai des remontées d’information bien souvent avant la majorité des gens. J’ai suivi et relayé de très près les manifestations du 16 décembre 2010 à Abidjan où Guillaume Soro appelait les Ivoiriens à prendre d’assaut la RTI. Et j’ai souvent été là où les événements se produisent. Avec ma connexion mobile, je faisais rapidement des mises à jour sur Twitter. J’ai aussi des contacts dans les villes de l’intérieur de la Côte d’Ivoire avec qui j’échange de nombreuses informations.

Et je suis aussi un twittos engagé pour le respect de la démocratie, le respect du vote populaire, le respect de la dignité et des droits humains. J’ai donc des prises de position contre le président sortant Laurent Gbagbo. Vivant à Abidjan, j’ai souvent dénoncé les exactions des forces pro-Gbagbo commises dans la ville sur les populations civiles. J’ai été parfois sur le terrain et j’ai vu des affrontements, et bien d’autres choses horribles. J’ai relayé les abus des jeunes patriotes aux barrages à Abidjan.

Mon audience sur Twitter n’a fait que croître et je suis devenu contributeur sur Global Voices. Des personnes n’ont pas aimé cela et j’ai commencé à recevoir des mentions de mauvais goût sur Twitter :

  • Nemo, ça va chez xxxxx (le nom de mon employeur)
  • Nemo, ta femme est toujours chez xxxxx (le nom de son employeur)
  • Nemo et ta petite voiture rouge ?

Bref, des messages pour me faire comprendre qu’on me connaît et pour essayer de m’intimider. Je n’ai pas pris cela très au sérieux au départ. Et un jour je reçois un message direct me disant qu’on sait tout de moi et qu’on va me faire taire.

Le droit de tuer est donné à quiconque démasque un « rebelle »

Dans un environnement où les gens se font tuer pour rien, j’ai compris que j’étais en danger. En effet, à Abidjan en ce moment, le droit de tuer est donné à quiconque démasque un « rebelle ». Le rebelle, c’est toute personne qui s’oppose au pouvoir de Laurent Gbagbo. On a ainsi vu des personnes se faire brûler vives, d’autres tuées à coups de pierres. Pour les autres, des groupes de jeunes en cagoules conduits par des anciens leaders de la FESCI – Fédération Estudiantine et Scolaire de Côte d’Ivoire (pro-Gbagbo) – s’occupent à piller les domiciles.

Ainsi, sous l’œil bienveillant de la police, les domiciles de plusieurs personnes ont été saccagés, pillés et il y a même eu un drame chez Touré Amed Bouah. J’ai ainsi pu faire une liste non exhaustive des domiciles déjà visités :

  • Amichia François, maire de Treichville, et son père, Adama Toungara, maire d’Abobo et ministre des Mines et de l’Énergie
  • Charles Koffi Diby, ministre de l’Économie et des Finances
  • Albert Mabri Toikeusse, ministre du Plan et du Développement
  • le général François Konan Banny, la maison familiale de Jean-Baptiste Ekra
  • Adama Bictogo, Amadou Koné, Zemogo Fofana, Sidy Diallo, Sidiki Konaté, Meité Sindou, Mme Constance Yaï

J’ai compris qu’Internet était surveillé par des personnes proches de Gbagbo pour fournir les renseignements sur les cyber-activistes. Le jour où le porte-parole des Forces Nouvelles, Alain Lobognon, [ndlr : pro-Ouattara] a révélé son identité sur Twitter, son domicile a été pillé et les affaires qui n’ont pas emportées ont été saccagées par des miliciens pro-Gbagbo.

Sur Facebook, des individus et des groupes pro-Gbagbo ont été montés et des personnes s’adonnent à la délation en citant les noms des personnes à abattre. Des anonymes ont même fait la liste des personnes qui produisent des « tweets terroristes » et j’en faisais partie.

Dans le même temps, les affrontements dans la ville d’Abidjan se rapprochaient dangereusement de mon domicile. Et ayant déjà vu des maisons entièrement détruites par des obus, la crainte s’est installée dans mon esprit.

Mais j’ai commencé à avoir très peur lorsque les barrages filtrants ont fait leur apparition dans les quartiers largement favorables à Laurent Gbagbo tels que Yopougon et Port-Bouet. Sur ces barrages sauvages, des jeunes patriotes contrôlent les pièces d’identité des passants et peuvent avoir le droit de vie ou de mort, en plus du racket systématique. Les étrangers ressortissants de la CEDEAO (Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest) ainsi que des ressortissants du nord de la Côte d’Ivoire en ont souffert. Ayant un patronyme nordique, j’ai dû limiter mes déplacements, mais j’avais quand même peur.

J’ai poussé un soupir de soulagement après les contrôles policiers et douaniers à l’aéroport

Des amis m’ont dit de faire attention et j’ai pris quelques dispositions : j’ai déménagé, changé mes habitudes, rendu mes profils anonymes, limiter mes déplacements, travail à domicile avec un VPN. Ensuite, vu la baisse drastique de nos activités au bureau, j’ai demandé mes congés et ma femme aussi. Dans l’immédiat, j’ai informé mon frère qui vit à l’étranger et j’ai pris toutes les espèces que nous avions pour payer les billets d’avion et le rejoindre.

À l’aéroport, je n’étais pas rassuré vu que des personnes sont régulièrement empêchées de sortir du pays. J’ai poussé un soupir de soulagement après les contrôles policiers et douaniers. C’est ainsi que je suis arrivé comme un réfugié à l’étranger laissant presque toutes mes affaires à Abidjan.

Les perspectives ? Je n’y pense pas trop ! Je suis déjà content de rentrer chez moi sans me demander si je vais recevoir de la visite musclée. Mais au fond mon cœur est à Abidjan avec mon emploi, mes affaires et tout le reste.

Retrouvez notre dossier consacré à la Côte d’Ivoire.

Crédits Photo FlickR CC : Y-Voir-Plus / Thomas Hawk

]]>
http://owni.fr/2011/03/31/pourquoi-jai-quitte-abidjan/feed/ 15